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De l’Occident à l’Orient ou la découverte des trois mondes.(à propos de la réédition de " L'Imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn'Arabi" aux Editions Entrelacs.JK)
La théosophie orientale (soit la sagesse divine de l'illumination) est enracinée dans plusieurs traditions : celle des anciens grecs présocratiques, pythagoriciens et platoniciens, celle de la mystique du chiisme (le soufisme), et enfin dans l'hermétisme et le zoroastrisme. Trois philosophes arabes s'inscrivent plus particulièrement dans cette philosophie orientale. Il s'agit de Al Farabi (870-950), d'Avicenne (980-1037) et Sohrawardi (1155-1191). Sohrawardi se présente explicitement comme le successeur d'Avicenne, avec l'intention d'enrichir l'œuvre du philosophe de l'apport de la tradition zoroastrienne.
Comme Avicenne, Sohrawardi fut considéré comme un pôle de connaissance ésotérique. Il tentera, deux siècles avant le philosophe byzantin Gémiste Pléthon, de marier la philosophie platonicienne avec la tradition de Zoroastre, comme héritières d'une même sagesse remontant à Hermès. Alors que Pléthon aura l'ambition de régénérer la pensée occidentale avec cet apport original qu'il transmettra directement à l'Académie platonicienne de Florence, Sohrawardi voudra en imprégner la gnose islamique elle-même .
Dans la cosmologie de la théosophie orientale, la première Intelligence, la Pensée Divine qui se pense soi-même, engendre, successivement neuf autres Intelligences, qui à leur tour engendrent des âmes et des corps célestes. Mais à la dernière et dixième Intelligence, l'émanation explose dans la multitude des âmes humaines, tandis que de sa dimension d'ombre procède la matière sublunaire.
« Les Rois Mages, par l'hommage qu'ils rendent au Christ et par les présents qu'ils lui offrent, reconnaissent expressément en lui la source de cette autorité dans tous les domaines où elle s'exerce : le premier lui offre l'or et le salue comme roi ; le second lui offre l'encens et le salue comme prêtre ; enfin, le troisième lui offre la myrrhe ou le baume d'incorruptibilité et le salue comme prophète ou Maître spirituel par excellence, ce qui correspond directement au principe commun des deux pouvoirs sacerdotal et royal. L'hommage est ainsi rendu au Christ, dès sa naissance humaine, dans les "trois mondes" dont parlent toutes les doctrines orientales : le monde terrestre, le monde intermédiaire et le monde céleste. »
René Guénon
Toutes les traditions évoquent trois « mondes » qui sont le monde terrestre, le monde « intermédiaire » et le monde céleste. Ainsi retrouve-t-on dans l’ésotérisme islamique cette distinction entre trois mondes qui sont : « Le monde intelligible pur, Jabarût ou monde des pures Intelligences chérubiniques » - « Le monde imaginal, Malakût, qui est le Monde de l’Âme et des âmes » - « Le monde sensible qui est le « domaine » des choses matérielles »
A partir de cette répartition en trois Mondes, on peut considérer trois Formes qui sont celles « de l’Être et du Connaître » propres à chacun de ces trois mondes. Il s’agit des Formes intelligibles, des Formes imaginales et des Formes sensibles, qui sont « celles qui tombent sous la perception des sens ».
Henri Corbin donne une description complète de ce pèlerinage initiatique qui va de l’Occident à l’Orient : « Dans l’ordre descendant de la procession de l’être, les Intelligences « se lèvent » à l’Orient ou horizon de la déité, Lumière des Lumières. Les Âmes célestes « se lèvent » à l’Orient, au matin qui est pour elles le monde des Intelligences. Les âmes humaines déclinent jusqu’à l’Occident du monde physique dans la Ténèbre de la Matière, le « pays de l’exil » où elles ont à gouverner provisoirement un corps de chair. Inversement, dans l’ordre de la remontée vers l’origine, la Manifestation de l’âme hors du corps physique par méditation profonde, par vision d’extase ou par la mort – son aurore levante et son épiphanie après une Katharsis ou purification parfaite – consiste en ce que se révèle à elle le monde des Âmes qui est alors son « Orient ». Elle « se lève » à cet Orient en se révélant à soi-même, c’est-à-dire en s’enlevant de l’horizon du corps qui était pour elle son Occident. Ensuite se révèle à elle le monde des Intelligences, Orient majeur auquel elle « se lève » en s’enlevant plus haut que le monde de l’Âme, qui devient alors comme un Occident par rapport à « l’Intelligence orientale ».
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