Dervy poche : Emile Gillabert
09/10/2006

  
Le Judas l'Iscariote de l'Evangile de Judas est celui qui a trahi Jésus mais il est en même temps le héros. Il dit à Jésus : "Je sais qui tu es et d'où tu es venu. Tu es issu du royaume immortel de Barbèlo. Et le nom de qui t'a envoyé, je ne suis pas digne de le prononcer". Dans le monde spirituel de l'Evangile de Judas, confesser que Jésus est issu du royaume de Barbélo revient à confesser qu'il est un être divin et le fait de déclarer ineffable le nom de qui a envoyé Jésus revient à confesser que le vrai Dieu est l'Esprit Infini. Judas a compris et il est le seul, Qui est vraiment Jésus et il se tient face à lui et s'il trahit Jésus c'est en parfaite connaissance de cause.
  
 
 
  
A propos de la découverte et publication du manuscrit de "L'Évangile de Judas".
Un évangile encore inconnu vient d'être publié partiellement en anglais (The gospel of Judas) par le National géographic sociéty à Washington le 5 avril 2006. Il vient d'être publié en allemand et en français. Cet évangile est signé "Judas", mais comme bien des textes de la Bible, il n'a pas été rédigé par celui dont il porte le nom.

C'est un manuscrit sur papyrus découvert dans une grotte du désert de haute Égypte dans les années 70. Il comporte 25 feuillets en assez mauvais état. Il est passé de main en main dans le monde trouble des antiquaires. En 2001, Mario Jean Roberty achète le document pour la Fondation Maecenas, de Bâle, qu'il dirige. Il confie l'étude du texte à une équipe de chercheurs sous la direction du professeur Rodolphe Kasser, Le texte a été authentifié par la datation au carbone 14 et par l'analyse de l'encre du manuscrit. Le manuscrit est écrit en copte dialectal, l'antique langue des chrétiens d'Égypte. Il a été restauré et traduit par Rodolphe Kasser ancien professeur de coptologie à l'université de Genève.

Origine de "L'Évangile de Judas"

Le manuscrit est du 3ème ou du début du 4ème siècle. Le texte copte est une traduction d'un texte grec perdu composé entre 130 et 180 après J.C. Il était connu par St Irénée, premier évêque de Lyon, vers l'an 180. Celui ci en parle dans son traité "Contre les hérésies" en dénonçant le caractère hérétique de cet évangile qui est inspiré par le gnosticisme.

Selon Irénée, l’Évangile de Judas serait l’œuvre principale d’une secte appelée « Les Caïnites » (les héritiers de Caïn). En parlant de cette secte, Irénée a écrit : «ils déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accomplit le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé l’Évangile de Judas».

LA DOCTRINE DE L'ÉVANGILE DE JUDAS

Une première traduction en français de l'évangile de Judas vient d'être faite par Jean Degert. Ce texte français à été rédigé à partir de la traduction anglaise du texte copte

Le texte débute par ces mots: « Voici la révélation que Jésus a faite à Judas trois jours avant la Pâques.» Le récit commence par montrer Jésus qui rejoint ses disciples en train de prépare la cérémonie. Jésus rit de leur attitude, mais ils ne comprennent pas, sauf Judas qui lui dit : "Je sais qui tu es et d'ou tu viens, du royaume immortel de Barbelo". Voyant que Judas était prêt à être illuminé, Jésus le prend à part. Il lui enseigne les mystères du Royaume et lui annonce qu'il sera maudit par les chrétiens.

A une autre occasion, les disciples racontent à Jésus une vision qu'ils ont eu : un immense autel avec des prêtres qui accomplissent des abominations. Jésus leur répond de cesser les sacrifices. Puis Judas raconte à Jésus la vision qu'il a eu : les autres disciples le persécutaient. Il interroge Jésus sur son destin personnel et Jésus lui répond qu'il sera maudit à travers les générations.

Il révèle alors à Judas des secrets sur l'origine du monde. Un ange lumineux et divin nommé Adamas est sorti d'un nuage lumineux et il a créé des myriades d'anges. De ce nuage sont sortis aussi un ange nommé Nébro qui signifie le rebelle et un autre ange Saklas qui a créé Adam et Ève. Ils ne faut pas faire de sacrifice à Saklas.

Le récit s'achève d'abord par une parole de Jésus : "Tu surpassera tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert d'habit". Enfin Judas livre Jésus aux grands prêtres et reçoit d'eux la somme promise.


La relation entre Jésus et Judas

Ce texte de l'évangile de Judas donne une présentation de la relation entre Jésus et Judas très différente de celle qui se trouve dans les textes du Nouveau Testament. Il montre Judas comme l'apôtre le plus proche de Jésus, le seul qui ait vraiment compris son message. Cet évangile présente Judas comme un initié, comme un disciple qui cherche à accéder à des connaissances mystiques sur les origines du Christ et du monde.

Cependant cette traduction de l'évangile de Judas révèle une figure de Judas qui ne correspond pas exactement à l'image que lui ont donné les médias. Il n'est pas dit explicitement dans le texte que Jésus a demandé à Judas de le livrer.

La seule phrase qui va dans ce sens est la parole de Jésus à Judas : "Tu surpassera tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert d'habit". Comment interpréter cette phrase ? Elle est typique de la conception gnostique. Les gnostiques cherche la manière de libérer leur énergie vitale du corps matériel dans lequel l'âme est emprisonnée. Cette parole de Jésus montre qu'il accepte que Judas le trahisse et le conduise à la mort.

Cette phrase isolée laisse aussi à penser qu'il y avait, dans les parties détruites du manuscrit, d'autres indications sur les rapports entre Jésus et Judas. De plus, il faut éclairer le texte par ce que nous savons sur la secte des caïnites dont faisait parti le rédacteur de l'évangile de Judas.


LA GNOSE ET LA SECTE DES CAÏNITES

La gnose est un courant de pensée complexe qui a pris des formes diverses et comporte différents aspects. C'est d'abord une philosophie ésotérique ou l'on trouve le salut par l'initiation aux mystères cachés. C' est aussi une conception dualiste qui oppose l'esprit et la matière qui est mauvaise, en particulier l'âme est emprisonnée dans un corps mauvais.

Pour la gnose, le Dieu véritable est caché aux yeux des hommes par un dieu inférieur créateur du monde, le dieu de la Bible. La gnose rejette donc le dieu de l'Ancien testament qu'elle considère comme un démiurge diabolique. Il est méchant et jaloux. Ce démiurge est responsable de toute les imperfections du monde. Le monde crée est infecté par le mal, les ténèbres et le péché. Pour la gnose, Jésus est un maître spirituel chargé de guider les hommes vers la connaissance du vrai Dieu caché. Jésus n'est pas le fils du dieu de l'Ancien Testament, mais de Seth, le troisième fils d'Adam. Seth fait partie d'une autre catégorie de divinités, au sommet de laquelle trône Barbelo, un dieu androgyne.


Le mouvement gnostique est apparu au alentour de 70 après J-C et c'est développé jusqu'au 4ème siècle. Il comprend de nombreuses sectes. Le monde chrétien était très divers à ses début. Après 313, date ou le culte chrétien est autorisé par l'empire romain, l'Église à écarté les textes gnostiques du canon officiel des textes bibliques et les appelé apocryphes. Beaucoup de manuscrits de ces textes ont peu à peu disparu.


  
 

Judas, traître ou initié ?


9 octobre 2006
Judas, trâitre ou initié par Emile Gillabert. ISBN: 2844544444. Editions Dervy

Présentation de l'éditeur


En résumé : Une réhabilitation de Judas dont le nom est associé à celui de Thomas et de Didyme, synonymes de jumeau, d'alter ego. Cette hypothèse est confirmée par la littérature apocryphe, en particulier par l'Evangile selon Thomas, découvert en 1945 à Nag-Hammadi.

Et si Judas, au lieu d'être le traître honni et bafoué dont l'histoire a véhiculé le mythe, était le véritable initié, celui qui avait les faveurs du Maître, celui qui était à même de transmettre le message ! Cette hypothèse, remise à l'ordre du jour récemment (réapparition d'un manuscrit appelé l'Evangile de Judas), Emile Gillabert la soumet à l'épreuve des textes. Si elle trouve son fondement dans les évangiles canoniques, elle est confirmée par l'Evangile selon Thomas découvert en 1945 à Nag-Hammadi. Dans des documents importants, bien que non reconnus par l'Eglise, le nom de Judas est associé à celui de Thomas, qui veut dire Jumeau, alter ego, et parfois à celui de Didyme, qui est également synonyme de Jumeau. Ce double, voire triple nom, sert toujours à indiquer le disciple que Jésus aimait, l'Initié. Dans ces conditions, la réhabilitation de Judas, si elle est acceptée, ne peut qu'être totale, et le baiser de Judas, au lieu d'être celui d'un lâche indicateur, devient le témoignage de la loyauté, du courage et de l'Amour fraternel.

L'auteur




Emile Gillabert est l'auteur de sept ouvrages centrés sur l'Evangile selon Thomas et la pensée orientale. Son œuvre permet une nouvelle lecture des évangiles. Avec une cohérence jamais démentie, il nous révèle les clefs de la Gnose restituées par Jésus en vue de nous permettre d'accéder à un présent libérateur.

Émile Gillabert est né à Champéry (Valais) Suisse, le 5 mars 1914. Jusqu'à 17 ans, il mène une existence de trans-humant. Berger l'été dans les alpages, écolier l'hiver au village. Après le baccalauréat et une licence de lettres de l'Université de Dijon, il arrive à Paris en 1945.

Il délaisse alors l'Université pour prendre la direction d'une maison d'édition (Les éditions Labergerie) spécialisée dans les ouvrages religieux, poste qu'il occupera jusqu'à la fin des années 60. Parallèlement à son activité professionnelle, il entreprend en 1966 une psychanalyse freudienne qui durera 3 ans.

Là, se situe le tournant de sa vie intellectuelle et de sa recherche personnelle avec la rencontre d'un maître, le Docteur Hubert Benoît, dont les ouvrages sur le Zen font autorité. Cinq années durant, il poursuit sous sa direction l'exploration de la pensée orientale. C'est alors que se produit l'événement majeur de sa vie: la lecture de l'Évangile selon Thomas, manuscrit découvert en 1945 à Nag Hammadi en Haute-Égypte.

Retiré à Marsanne (Drôme) avec sa famille en 1970, il ne cessera de travailler ce texte dans lequel il retrouve la correspondance avec les Védas, le Tch'an (Zen), le Tao ou le soufisme.

A 60 ans, il publie son premier ouvrage: Saint-Paul ou le colosse aux pieds d'argile, psycho-biographie mettant en évidence les traits psychotiques de l'apôtre et la mainmise paulinienne sur les rédacteurs des Évangiles. La même année, il publie Paroles de Jésus et pensée orientale où il revient à la source du message originel de Jésus débarassé de l'influence paulinienne des évangiles canoniques. Ces paroles sont celles de l'Évangile selon Thomas qu'il édite la même année( sous le pseudonyme de Philippe de Suarès). En 1976, il publie: Moïse et le monothéisme judéo-chrétien dans lequel il finit de démonter le mythe judéo-chrétien.

Durant la décennie 80, il publie cinq ouvrages, avec en point d'orgue, son dernier: Judas, traître ou initié, dans lequel il réhabilite le traître pour en faire le seul initié capable de comprendre et de transmettre le message de son maître.

Parallèlement à la sortie de ses ouvrages, il crée en 1975 la revue trimestrielle Les Cahiers Métanoïa* où il poursuit la recherche entreprise dans ses livres, recherche centrées sur la non-dualité et sur la Gnose que la découverte de 1945 permet d'explorer. Les Cahiers approfondissent parallèlement la pensée orientale en dégageant des constantes universelles qui sont celles de la Gnose éternelle. Pendant plus de vingt ans, il animera cette revue et ce jusqu'à sa mort. Grâce aux textes inédits qu'il a laissés, la revue continue.

Il a consacré sa vie à approfondir et à mettre en valeur l'enseignement authentique de Jésus. Tous ses ouvrages sont autant d'introductions au livre parmi les livres: l'Évangile selon Thomas. Ce document capital, qui a été découvert avec une cinquantaine d'autres traités, gnostiques pour la plupart, nous rapporte les paroles authentiques de Jésus. Il s'agit d'un receuil antérieur aux évangiles canoniques comprenant 114 logia ou dits de Jésus.

Sur la fin de sa vie, tout en continuant, au travers des Cahiers Métanoïa, l'étude des logia de l'Évangile selon Thomas, il se consacre de plus en plus à une passion déjà ancienne: la poésie.

Emile Gillabert est décédé à Marsanne, le 6 juin 1995.


Les Cahiers Métanoïa sont publiés par l'Association Métanoïa, 26740 Marsanne, France.


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Hommage à Emile Gillabert


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